De Ouèssè à Bantè, les riverains s’expriment pour le Parc Wama Moko
Introduction
Dans le cadre du renforcement de la gestion durable des ressources naturelles et de l’implication des communautés locales, NABEN ONG a organisé une mission de sensibilisation, de formation et de dialogue communautaire autour du Parc National des Monts Kouffé – Wari-Maro (Wama Moko).
Cette mission s’inscrit dans le contexte de la récente transformation de la Forêt Classée de Wari-Maro et Monts Kouffé en parc national, décidée par le gouvernement béninois pour faire face à la dégradation progressive de cet écosystème sous l’effet des pressions démographiques, de l’expansion agricole, des feux de brousse et des activités pastorales non contrôlées. Ce changement de statut implique de nouvelles règles d’accès aux ressources naturelles, susceptibles de susciter incompréhensions et tensions au sein des populations riveraines qui en dépendent étroitement pour leur subsistance.
La mission a été conduite successivement dans les localités d’Idadjo (Ouèssè) et de Bobè (Bantè), avec pour ambition d’ouvrir un dialogue constructif en vue d’une gestion participative et durable des ressources naturelles.
Objectifs de la mission
Objectif général : Renforcer l’implication des communautés riveraines dans la protection et la gestion durable du Parc National Wama Moko.
Objectifs spécifiques :
- Informer les riverains sur le fonctionnement et les enjeux du Parc National ;
- Transmettre des connaissances et pratiques favorables à la conservation des espèces et des habitats ;
- Recueillir les préoccupations, attentes et suggestions des populations ;
- Identifier avec les communautés les principales espèces fauniques présentes dans le parc à partir de supports photos.
Méthodologie
La mission a reposé sur une approche participative fondée sur la discussion et l’échange direct avec les communautés. Des formations pratiques ont illustré les gestes de protection de la faune et présenté des alternatives économiques concrètes. L’identification des espèces fauniques a été conduite de manière participative à l’aide de photos imprimées, mobilisant ainsi les savoirs locaux. Les doléances et recommandations des populations ont été documentées en séance.
Déroulement de la mission
1. Information sur le fonctionnement et les enjeux du Parc National
Dans chaque localité, une séance d’information a été consacrée à la présentation du changement de statut de l’ancienne forêt classée, en expliquant les raisons ayant conduit à cette réforme et les principales différences entre une forêt classée et un parc national, notamment le niveau de protection élevé, la réglementation stricte des activités humaines et les nouvelles restrictions d’accès aux ressources. Les participants ont également été informés des objectifs fondamentaux du parc : protection de la biodiversité, conservation des espèces fauniques et floristiques, préservation des habitats naturels, promotion de la recherche scientifique et développement de l’écotourisme. Les échanges ont permis de mettre en valeur les retombées potentielles pour les riverains en termes d’emplois et de développement local.
2. Transmission de connaissances et proposition d’alternatives
Une phase de formation a été consacrée aux comportements à adopter pour réduire la pression sur les ressources naturelles du parc. Des techniques agricoles durables ont été présentées (compostage, rotation des cultures, maîtrise des superficies) afin d’augmenter les rendements sans empiéter sur les espaces protégés. Des alternatives économiques ont également été proposées : élevage de volailles et de petits ruminants, maraîchage, mise en place de plantations privées hors du parc. Les participants ont été encouragés à s’impliquer comme relais communautaires ou écogardes dans la gestion participative du parc.
3. Recueil des préoccupations et suggestions des populations
Les échanges ont révélé des préoccupations communes aux deux villages, organisées autour de plusieurs thématiques. À Idadjo comme à Bobè, les populations expriment une incompréhension du nouveau statut et déplorent une information insuffisante sur ses implications réelles. L’accès aux ressources forestières (bois, karité, néré, produits de collecte) est perçu comme une menace directe sur la subsistance des ménages. La pression foncière est forte, les terres disponibles pour l’agriculture et l’élevage se faisant rares. La présence de communautés pastorales peuhls dans la zone forestière soulève des risques de conflits d’usage. Des inquiétudes ont aussi été exprimées quant à la sécurité dans le contexte régional, et des interrogations ont été posées sur la pérennité de la voie intercommunale Ouèssè–Bantè. Le village de Bobè a également fait remonter des préoccupations spécifiques : risque de migration des jeunes faute d’opportunités économiques locales et demande explicite d’intégration des populations autochtones dans les instances de gestion.
Les propositions de solutions formulées par les communautés convergent vers le développement d’activités génératrices de revenus (élevage, apiculture, maraîchage, agroécologie), la mise à disposition de terres hors parc pour l’agriculture et le pastoralisme, la création d’infrastructures d’élevage et de points d’eau, et l’implication effective des populations dans la gouvernance du parc.
4. Synthèse des préoccupations et approches de solutions
| Thématique | Problèmes / préoccupations | Suggestions / approches de solutions |
|---|---|---|
| Gouvernance et gestion du parc | Perception d’un manque de gestion efficace de l’ancienne forêt classée ; incompréhension du nouveau statut et faible implication des communautés dans la prise de décision. | Organisation de séances d’information et utilisation de supports pédagogiques (documentaires, échanges communautaires) ; implication des communautés dans la gestion participative. |
| Accès aux ressources et moyens de subsistance | Restriction d’accès aux ressources forestières (bois, karité, produits de collecte, chasse) ; forte dépendance des ménages et risque de perte des activités économiques traditionnelles. | Développement d’activités génératrices de revenus (élevage, apiculture, maraîchage, agroécologie) ; appui à la reconversion des chasseurs et exploitants forestiers ; soutien aux plantations communautaires. |
| Terres agricoles et activités économiques | Insuffisance de terres agricoles, difficulté d’accès à de nouvelles parcelles pour l’agriculture et l’élevage. | Identification et aménagement de terres hors parc ; promotion de la production de fourrage ; aménagement de retenues d’eau et infrastructures pastorales. |
| Élevage et communautés pastorales | Présence importante de troupeaux et d’éleveurs dans la zone forestière ; risques de conflits entre agriculteurs et éleveurs ; difficultés de déplacement des éleveurs en cas de retrait du parc. | Organisation et encadrement des activités pastorales ; création de zones pastorales hors parc ; production de fourrage et points d’eau pour le bétail ; dialogue renforcé avec les communautés peuhls. |
| Sécurité et infrastructures | Inquiétudes sécuritaires liées au contexte régional ; interrogations sur la voie intercommunale Ouèssè–Bantè. | Renforcement de la sécurité autour du parc ; clarification des droits d’accès aux infrastructures existantes. |
| Conflits d’usage et cohabitation | Conflits entre agriculteurs et éleveurs ; dégradation des activités (apiculture, agriculture) due à la pression des troupeaux. | Mise en place de mécanismes de gestion concertée des ressources ; organisation des espaces d’usage (agriculture, élevage, conservation). |
| Inclusion communautaire et jeunesse | Faible implication des populations locales et autochtones ; risque de migration des jeunes faute d’opportunités économiques. | Association des communautés à la gestion du parc ; création d’emplois verts et d’activités alternatives ; renforcement des capacités des jeunes et des acteurs locaux. |
5. Identification participative des espèces fauniques
Une séance d’identification des espèces fauniques a été organisée dans les deux villages à l’aide de photos imprimées. Cette activité a permis d’impliquer activement les populations dans la reconnaissance des espèces du parc, en valorisant leurs connaissances à travers les appellations en langue Nago.
Espèces identifiées à partir des photos :
| Nom vulgaire | Nom vernaculaire (Nago) | Observation |
|---|---|---|
| Buffle | Efon | Présent mais difficile à trouver |
| Hyène tachetée | Okoriko | — |
| Céphalophe | Essia | Présent |
| Hippotrague | Agbon Ido | — |
| Singe | Akiti | Présent |
| Pangolin | Ayika | Présent |
| Varan | Awanriwan | Présent |
Autres espèces signalées par les populations :
| Nom vulgaire | Nom vernaculaire (Nago) |
|---|---|
| Phacochère | Imondo |
| Biche | Agbanrin |
| Potamochère | Toukou |
| Lion | — |
| Éléphant | — |
Résultats obtenus
La mission a enregistré une forte mobilisation, avec une participation dépassant les prévisions dans les deux villages. Elle a permis d’améliorer significativement la compréhension du nouveau statut du parc parmi les riverains, et de les sensibiliser aux alternatives économiques disponibles — agroécologie, élevage, plantations hors parc. Les préoccupations et suggestions des populations ont été recueillies de façon structurée sur sept thématiques. La séance d’identification participative des espèces a valorisé les savoirs locaux et jeté les bases d’une gestion communautaire de la biodiversité. Au total, cette mission constitue une première étape concrète vers une gestion participative du parc avec l’adhésion progressive des communautés riveraines.
Conclusion
La mission conduite dans les villages d’Idadjo et de Bobè s’inscrit dans une dynamique essentielle de transition vers une gestion plus rigoureuse et durable des ressources naturelles du Parc National Wama Moko. Au-delà des activités réalisées, elle a mis en lumière les réalités socio-économiques des populations riveraines et révélé une volonté réelle de s’adapter, à condition d’un accompagnement approprié.
Les échanges ont confirmé que la réussite de cette réforme ne repose pas uniquement sur des mesures de protection, mais sur la capacité des acteurs à intégrer les populations locales comme partenaires à part entière. La pérennité du parc dépendra de la mise en œuvre d’actions concrètes d’accompagnement, de la poursuite du dialogue communautaire et du développement d’alternatives économiques viables. Cette mission représente ainsi une étape importante vers la construction d’un modèle de gestion participative, conciliant conservation de la biodiversité et amélioration des conditions de vie des communautés riveraines.











