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Atelier communautaire sur le potto du Bénin

Contexte

Le potto du Bénin (Perodicticus potto juju) est un petit primate nocturne classé En danger sur la Liste rouge de l’UICN. Son aire de répartition se limite au sud du Bénin et au sud-ouest du Nigeria. Lors de notre premier projet, les pièges photographiques ont confirmé sa présence dans la réserve biologique communautaire d’Agbogon, sur l’île d’Agonvè. Cette réserve est pourtant menacée : entre 2017 et 2024, sa couverture forestière a reculé de 37,6 % tandis que les pâturages ont progressé de 62,4 %.

Après la rencontre du 14 septembre 2026 avec les chefs de village et le chef d’arrondissement de Kpedekpo, Naben a organisé un atelier pour présenter aux communautés l’importance du potto, la valeur des zones humides et les possibilités d’écotourisme sur l’île. Cet atelier fait partie du projet « Préserver le potto du Bénin et les moyens de subsistance des communautés grâce à une gestion active de la réserve biologique d’Agbogon », soutenu par la Rufford Foundation.

Diapositives de l’atelier : recul de la forêt dans la réserve entre 2017 et 2024, et carte de la réserve avec l’extension prévue.

Les participants de l’atelier du 3 octobre 2026.

Dérulement de l’atelier

L’atelier s’est tenu le 3 octobre 2026 et a réuni 38 participants, dont 4 femmes. Comme convenu avec les chefs de village, la priorité a été donnée aux villages qui n’avaient pas pris part au premier projet, en particulier Azakpa.

Les échanges se sont déroulés en français et en fon, à partir de supports bilingues. La journée a abordé les thèmes suivants :

  • la reconnaissance des primates de la zone : singe à ventre roux, singe mone et potto ;
  • la biologie du potto : un animal de nuit, très lent, qui ne quitte presque jamais les arbres et se nourrit de fruits, de gomme, de sève et d’insectes ;
  • le recul de la forêt dans la réserve et la dépendance des 3 200 habitants d’Agonvè envers la zone humide pour la pêche (70 %), l’agriculture (69 %) et l’élevage (65 %) ;
  • l’écotourisme comme source de revenus : sorties nocturnes pour observer le potto, balades en pirogue sur le lac Azili, emplois de guides, piroguiers, cuisiniers et artisans ;
  • les menaces (chasse, feux de brousse, coupe de bois, pâturage non contrôlé) et les gestes attendus de chacun ;
  • les étapes vers un comité de cogestion réunissant les villages, la mairie de Zagnanado et Naben.

Les participants se sont ensuite exprimés sur lieux où l’on voit le potto et de ce qui le menace près des villages. Ils se sont mis en accord avec règles à fixer pour la chasse, la coupe de bois et le pâturage, et à ceux qui doivent les faire respecter.

Supports distribués

Un dépliant trifold en français et en fon présente le potto du Bénin. Au total, 52 exemplaires ont été distribués : 38 aux participants et 14 remis au chef d’arrondissement de Kpedekpo pour d’autres membres de la communauté.

Le dépliant du projet, en français et en fon.

Ce que l’atelier a changé

Pour mesurer l’effet de l’atelier, les participants ont répondu au même questionnaire au début et à la fin de la journée. Il comportait trois questions à choix multiples, où plusieurs réponses étaient possibles, et trois affirmations à noter de 1 (pas du tout d’accord) à 5 (tout à fait d’accord).

Le questionnaire, présenté en fon et lu à voix haute avant et après l’atelier.

RésultatAvantAprès
Savent que le potto est une espèce en danger14 (37 %)38 (100 %)
Pensent que le potto se voit souvent17 (45 %)0
Reconnaissent la valeur écologique et économique de la zone humide18 (47 %)38 (100 %)
Associent les bonnes pratiques agricoles à la protection de l’habitat du potto24 (63 %)38 (100 %)
Réponses « je ne sais pas » (toutes questions)260
Tout à fait d’accord pour dire que protéger le potto est important4 (11 %)38 (100 %)
Tout à fait d’accord pour soutenir les règles contre la chasse7 (18 %)38 (100 %)

Avant l’atelier, 21 participants ne savaient pas ce qu’est le potto et 17 pensaient qu’on le voit souvent. À la fin de la journée, tous savaient qu’il s’agit d’une espèce en danger et plus personne ne le décrivait comme un animal courant.

Tous les participants savaient déjà que la zone humide abrite des animaux sauvages. Le progrès porte sur son rôle économique : 20 participants la liaient à la pêche et à l’agriculture avant l’atelier, 38 après. Le lien entre les bonnes pratiques agricoles et l’habitat du potto, reconnu par 24 participants au départ, l’est désormais par tous. Personne n’a considéré la chasse illégale comme bénéfique, ni avant ni après.

Réponses aux questions à choix multiples avant et après l’atelier (38 participants). Les options cochées en vert sont les bonnes réponses.

Les attitudes ont aussi évolué. Au départ, la plupart des participants restaient neutres sur l’importance de protéger le potto (24 sur 38) et sur le soutien aux règles contre la chasse (26 sur 38). En fin de journée, les 38 participants se sont dits tout à fait d’accord avec ces deux affirmations. L’intérêt pour l’écotourisme était, lui, unanime dès le début, ce qui montre une forte attente locale sur laquelle le projet peut s’appuyer.

Niveau d’accord avec trois affirmations avant et après l’atelier (1 = pas du tout d’accord, 5 = tout à fait d’accord).

Ces résultats mesurent les connaissances et les intentions juste après l’atelier. Nous vérifierons s’ils se maintiennent lors de la restitution prévue en fin de projet.

Prochaines étapes

  • Installation de 28 pièges photographiques dans toute la réserve, à partir de la deuxième semaine de novembre 2026, après la période de crue.
  • Consultations avec les villages et la mairie de Zagnanado pour rédiger ensemble la charte de cogestion, puis signature et installation du comité en novembre et décembre 2026.
  • Suivi du plan de développement d’Agonvè, préparé par Naben à la demande de la mairie de Zagnanado.

Remerciements

Nous remercions les participants pour leur engagement, les chefs de village et le chef d’arrondissement de Kpedekpo pour leur appui à la mobilisation, ainsi que la Rufford Foundation, dont le soutien rend possible ce projet au service du potto du Bénin et des communautés d’Agonvè.

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