Wari-Maro et Monts Kouffè
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Quel Avenir pour le Parc National de Wari-Maro et Monts Kouffè ?

Prospection socio-environnementale et ancrage communautaire autour du Parc

Contexte

Les Forêts Classées de Wari-Maro et Monts Kouffè ont fait l’objet d’un projet de reclassification en Parc National (que nous appelons ici Parc National de Wama Moko). Dans ce cadre, l’ONG NABEN a organisé une mission de prospection socio-environnementale et d’ancrage communautaire les 11 et 12 décembre 2025 dans les villages de Souangbé et Wannou.

Ces deux villages, distants de 48 km l’un de l’autre, présentent des réalités différentes : Souangbé bénéficie d’un accès direct à la voie bitumée, tandis que Wannou se trouve à plus de 45 km de celle-ci. L’objectif de la mission était d’écouter les perceptions des populations riveraines, de comprendre leur dépendance aux ressources forestières et d’identifier les conditions d’une implication durable dans la gestion future du parc.

Méthode

La mission s’est déroulée sur deux jours selon une approche participative. Des visites de courtoisie ont d’abord été rendues aux chefs de village et au Chef d’Arrondissement de Manigri afin d’obtenir leur aval. Des focus groups séparés ont ensuite été organisés avec les chasseurs, les femmes et les jeunes pour permettre à chaque catégorie de s’exprimer librement.

Un questionnaire structuré a guidé les échanges. Au total, 29 personnes ont participé aux discussions :

VillageHommes (chasseurs & agriculteurs)Femmes (commerçantes, transformatrices, apicultrices)Total
Souangbé7815
Wannou9 (dont le Chef de Village)514
Total161329

Résultats

Les communautés de Souangbé et Wannou ont toutes confirmé avoir entendu parler du projet de parc national, principalement par les autorités locales, les agents du CENAGREF et le bouche-à-oreille. Elles jugent ce statut très bénéfique. Elles estiment qu’il permettra une meilleure protection des essences forestières (karité, néré, teck, gmelina) et une sécurisation contre les exploitants illicites venus d’ailleurs. Les femmes voient dans cette protection une opportunité de valoriser durablement le karité et le néré, ressources essentielles à leur économie. Les chasseurs espèrent une multiplication de la faune qui pourrait, à terme, ouvrir des possibilités de chasse régulée.

Au-delà de la conservation, les populations attendent des retombées concrètes : extension du réseau électrique, goudronnage des routes, construction de centres de santé et création d’emplois directs et indirects, notamment via le tourisme.

Cependant, des craintes légitimes ont été exprimées. La principale concerne la perte d’accès au bois de chauffe, ressource vitale pour la cuisson quotidienne. Les femmes de Wannou collectent du bois tous les jours, celles de Souangbé deux à trois fois par semaine. L’interdiction éventuelle de la chasse représente une deuxième grande inquiétude : cette activité n’est pas seulement économique, elle est culturelle et alimentaire. Les chasseurs soulignent qu’ils vivent déjà avec un accès restreint et souhaitent plutôt un élargissement compte tenu de l’augmentation de la population.

La forêt constitue actuellement la principale source de revenus et de subsistance. Les usages identifiés incluent la collecte de bois de chauffe et d’œuvre, la chasse (espèces citées : buffles, phacochères, antilopes, rats géants lokor, singes, agoutis, porcs-épics, boas, varans awan, agbin, imado, agorkouè, otolo, okounou, issiwo, igbin), la cueillette de produits forestiers non ligneux, le pâturage des troupeaux de bœufs, l’agriculture (à Souangbé), l’apiculture et la pêche. Les chasseurs ont noté une diminution de certaines espèces ces dernières années, mais signalent encore la présence de lions, éléphants, guépards et boas.

Les femmes se sont déclarées très intéressées par les foyers améliorés pour réduire la consommation de bois. Elles ont confirmé la disponibilité locale des matériaux nécessaires (argile aman, termitières odidi, bouse de vache) et ont exprimé un besoin immédiat de formation.

Les jeunes et les chasseurs ont manifesté un intérêt très élevé pour les activités de surveillance de la biodiversité. Ils se sont dits prêts à collaborer pour l’installation de caméras de surveillance dans les zones stratégiques de Koumassi (Souangbé) et Odoasso – Rivière de l’épervier (Wannou). Ils ont également accepté sans réserve de devenir éco-gardes ou pisteurs, valorisant ainsi leur connaissance approfondie de la forêt.

Les cinq activités génératrices de revenus prioritaires identifiées sont : le guidage touristique, l’élevage amélioré, la surveillance écologique, l’apiculture et la transformation des produits locaux.

Sur le plan de la gouvernance, les communautés souhaitent une implication effective : création d’un comité de gestion local, surveillance communautaire, partage des bénéfices et consultations régulières. Elles expriment une confiance totale dans les autorités forestières actuelles du CENAGREF.

Les besoins urgents exprimés diffèrent légèrement selon les villages : à Souangbé, une route goudronnée prolongée vers Oubérou, le maintien de l’accès à la pêche et la possibilité de gérer des restaurants dans la zone ; à Wannou, l’accès à l’électricité, des patrouilles régulières des forces de l’ordre, la construction de barrages et une grande réserve d’eau.

Perspectives

Les communautés ne rejettent pas le projet de Parc National de Wama Moko. Elles y projettent au contraire de nombreux espoirs, mais ces espoirs sont indissociables de craintes concrètes liées à leur survie quotidienne. Elles sont prêtes à accepter les restrictions d’usage de la forêt à trois conditions claires :

  • la proposition d’alternatives économiques viables et comparables à leurs revenus actuels ;
  • leur implication effective dans la gouvernance et la gestion du parc ;
  • la concrétisation des promesses de développement infrastructurel et socio-économique.

Cette mission confirme la nécessité d’une approche de transition progressive et accompagnée. NABEN s’engage à poursuivre le dialogue, à appuyer la mise en place des alternatives économiques identifiées et à faciliter la cohabitation harmonieuse entre conservation de la biodiversité et bien-être des populations riveraines.

Accédez au rapport intégral de la mission en cliquant sur le bouton ci-dessous.

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