Premier inventaire ornithologique dans la Réserve Biologique Communautaire d'Agbogon
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Inventaire ornithologique dans la Réserve Communautaire d’Agbogon

En juin 2026, Naben a coordonné le tout premier inventaire ornithologique de la Réserve Biologique Communautaire d’Agbogon (RBCA), un espace naturel protégé du centre du Bénin. Cette réserve abrite une mosaïque d’habitats précieuse : berges fluviales, zones humides, milieux cultivés et formations arbustives. Parce que les oiseaux constituent un indicateur reconnu de l’état de santé des écosystèmes, cet inventaire visait à dresser une première liste des espèces présentes, à estimer leur abondance, à comprendre comment elles utilisent les différents habitats et à documenter les pressions humaines exercées sur la réserve.

Mobilisation collective

L’inventaire a réuni une équipe engagée. À la suite d’un appel à volontariat lancé en mai 2026, 26 candidatures ont été reçues. Quatre volontaires ont finalement été retenus, aux côtés de trois membres actifs de Naben. Répartis en trois groupes couvrant des points d’écoute assignés, les participants ont enregistré leurs observations selon un protocole systématique.

Equipe de terrain

Les données ont été collectées via un formulaire numérique renseignant, pour chaque observation, le type d’habitat, le mode de détection, le nombre d’individus, le comportement, les coordonnées GPS et les pressions humaines constatées. L’identification des espèces s’est appuyée sur l’application Merlin Bird ID et sur le guide de référence Oiseaux de l’Afrique de l’Ouest. L’ensemble du traitement et des analyses a été réalisé avec R.

Espèces dénombrées

Au total, 134 observations ont été enregistrées, correspondant à 52 espèces d’oiseaux. Toutes relèvent de la catégorie « Préoccupation mineure » de la Liste rouge de l’UICN.

Distribution des 134 observations par espèce

Le Dendrocygne veuf (Dendrocygna viduata) domine les observations avec 9 % des occurrences, devant le Tisserin gendarme (Ploceus cucullatus, 6,7 %) et le Coucal du Sénégal (Centropus senegalensis, 5,2 %). La majorité des espèces n’ont toutefois été observées qu’une seule fois, ce qui traduit une communauté aviaire diversifiée et suggère la présence de nombreuses espèces encore peu détectées.

Top15 Individus
Top 15 des espèces par nombre d’individus dénombrés.

En nombre d’individus, le Tisserin gendarme se distingue nettement avec 229 individus dénombrés, soit près de trois fois plus que l’Astrild à joues orange (Estrilda melpoda, 37 individus). Cette abondance laisse penser qu’une ou plusieurs colonies de nidification sont présentes dans la réserve.

Pics d’activité au fil de la journée

Les observations dessinent un profil bimodal. La matinée constitue la période la plus productive, avec un maximum de 53 observations entre 7 h et 9 h, suivies de 34 observations entre 9 h et 11 h. Un second pic apparaît en fin d’après-midi, avec 34 observations entre 15 h et 17 h, puis un déclin à 10 observations entre 17 h et 19 h. Les heures chaudes du milieu de journée sont quasiment dépourvues d’activité.

Distribution Temporelle
Distribution temporelle des observations par tranche horaire de deux heures.

L’absence de relevés avant 7 h invite néanmoins à étendre l’échantillonnage à l’aube lors des prochaines campagnes, cette période étant souvent associée à un pic de chants et donc de détectabilité.

Habitats principaux

Cinq types d’habitats ont été prospectés. La bordure d’eau et les berges se révèlent les milieux les plus riches, avec 33 espèces et un indice de diversité de Shannon de 3,37. Viennent ensuite les zones humides et marécages (31 espèces), puis les zones cultivées et anthropisées (17 espèces). La végétation arbustive et les lisières de forêt présentent une diversité plus faible, sans doute en partie liée à une surface prospectée plus limitée.

Diversité aviaire par type d’habitat (richesse spécifique, indice de Shannon et nombre d’observations).

Les espèces liées aux milieux aquatiques se concentrent logiquement dans les zones humides et les berges : le Dendrocygne veuf, la Talève d’Allen (Porphyrio alleni), le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax) ou encore le Jacana à poitrine dorée (Actophilornis africanus) illustrent cette forte dépendance aux plans d’eau. À l’inverse, des espèces plus ubiquistes gagnent les zones cultivées. Ces résultats confirment le rôle central des milieux humides pour l’avifaune de la réserve.

Especes Habitat Alluvial 1
Especes Habitat Alluvial 2
Associations entre espèces et types d’habitat.

Pressions humaines

L’inventaire a aussi mis en lumière l’intensité des usages humains au sein de la réserve. La coupe de bois est la pression la plus fréquente, signalée dans 56 % des points d’observation, suivie du pâturage (49,3 %), de l’agriculture (46,3 %) et de la pêche (40,3 %). Seuls 6,7 % des points ne présentaient aucune pression détectée.

Pressions Humaines
Pressions humaines enregistrées aux points d’observation

Ces chiffres soulignent la nécessité de renforcer les actions de conservation menées avec les communautés riveraines, qui restent les premières partenaires de la protection de cet espace.

Recommandations

À l’issue de cette première campagne, plusieurs pistes se dessinent pour les éditions futures. Sur le plan de la conservation, la priorité va à la protection des habitats de bordure d’eau, de berges et de zones humides, les plus riches en espèces. Il s’agira également de mieux encadrer la coupe de bois, le pâturage non contrôlé et l’expansion agricole, de mettre en place un suivi périodique avec le même protocole, et de poursuivre la sensibilisation des communautés riveraines.

Ce premier inventaire pose ainsi une base solide pour le suivi écologique de la Réserve Biologique Communautaire d’Agbogon et confirme l’intérêt de conjuguer science participative et engagement local au service de la biodiversité béninoise.

Photos de quelques espèces

Remerciement

Naben adresse ses sincères remerciements aux volontaires (Diane Lydia Madokoun, Hounsou Théophane Foundié, Balt Esquilin Houndofi, Lucia Yeyinou Mevinan, Adèle Noëlie Adatin et Mahounou Mélain Zin) dont l’engagement et l’enthousiasme sur le terrain ont rendu cet inventaire possible. Nos remerciements vont également au Coordonnateur de la zone centre, Josué Ayeko pour la coordination des opérations de terrain, ainsi qu’à Stanislas Gandaho pour la supervision de la mission, l’analyse des données et la rédaction du rapport.

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